Inauguration de l'arbre de la laïcité

  • 10 janvier 2020
  • Mis à jour le 14 janvier 2020
  • Citoyenneté

Inauguration de l'arbre de la laïcité

Mardi 14 janvier : Inauguration de l’« Arbre de la laïcité » à 10h, angle des rues Saint-Marc et Vivienne dans le 2e arrondissement, en présence du Maire Jacques Boutault.

L'événement consiste à dédier un arbre du 2e à la laïcité, et de dévoiler une plaque expliquant la symbolique, inspirée de la tradition des « Arbres de la liberté » qui ont fleuri après la Révolution française, et de la démarche des « 28 Arbres contre le terrorisme » plantés par la Ville de Paris à la Cité Universitaire en 2016.

C’est donc un acte de commémoration de la loi de 1905 (séparation des Églises et de l’État) et aussi un rappel du caractère fraternel et rassembleur de la Laïcité.

Discours du maire du 2e arrondissement Jacques Boutault

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier les élu-e.s présent-e.s.

Véronique Levieux (adjointe à la maire de Paris), Olivier Maillebuau (adjoint au maire du 2e) qui a déposé un vœu au Conseil d’Arrondissement pour que cette inauguration ait lieu, Jean-Paul Maurel (conseiller d’arrondissement et ancien adjoint) avec qui nous avons planté cet arbre. Je remercie aussi le Conseil de Quartier et les citoyens engagés dans le budget participatif qui ont voté pour que ce projet se concrétise.

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je suis, rassemblé avec vous, pour cette cérémonie, l’une des dernières si ce n’est la dernière, organisée par la mairie du 2e arrondissement.

Dans un instant, nous allons dévoiler une plaque célébrant la laïcité, cette liberté fondamentale souvent mal comprise, parfois instrumentalisée et qui doit, pour cela justement, être constamment proclamée et préservée.

Cette stèle apposée ici dans l’espace public symbolisera notre attachement à cette valeur essentielle de la République. Une valeur déterminante pour vivre ensemble dans notre diversité.

Les arbres de la laïcité s’inscrivent dans une tradition révolutionnaire et républicaine, à la suite des «arbres de la Liberté».

A l’époque de la Révolution française, peu après 1789, l’usage s’introduit de planter un arbre de la liberté dans les lieux fréquentés des villes. Il symbolise la persistance et la continuité des idéaux de la Révolution.

La coutume de planter des arbres de la laïcité est plus récente, elle date de ce siècle. Elle est destinée à célébrer la séparation de l’Église et de l’État et à symboliser l’importance de cet acquis sociétal républicain qu’est la liberté de conscience, c’est à dire liberté de croire ou de ne pas croire en une divinité quelconque. Elle fonde la liberté de n’avoir aucune religion, sans exclure ceux et celles qui en ont une.

La laïcité est donc un fondement de la République française. Matérialisée par la loi adoptée par l’Assemblée Nationale le 9 décembre 1905, qui sépare officiellement l’Église et l’État, elle est au service de l’émancipation de chacune et de chacun.

Le texte qui instaure la laïcité proclame ainsi que la République est « indivisible, laïque, démocratique et sociale». Et plus généralement, que le communautarisme comme organisation politique de toute société est dangereux pour le « vivre ensemble ».

La République au début du XXe siècle faisait aussi œuvre d'unité en ouvrant l'enseignement, gratuitement, à tous ses enfants sans considération d’origine ou de situation sociale.

Cet olivier, ici, que nous avons planté il y a quelques années, symbole de paix, est l'occasion de rappeler à quel point la laïcité est un aboutissement et en même temps une étape dans un long processus historique, à un moment où les repères disparaissent au profit du court-terme et de l’instantané.

La laïcité se matérialise au XIXe siècle avec le combat de la Ligue de l’Enseignement pour l’instruction, avec pour objectif de sortir de l’emprise de l’Église.

C'est à ce combat que nous devons le fondement de l'instruction publique laïque, gratuite et obligatoire, initié par Jules Ferry. Celui-ci écrira dans sa «lettre aux instituteurs» en 1883 : «Le législateur a eu pour premier objet de séparer l'école de l'Église, d'assurer la liberté de conscience des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous ».

La laïcité est inséparable de la distinction claire qu’il convient de faire entre le savoir et les croyances. Nous ne devons pas l’oublier à l’heure où l’enseignement public est trop souvent désigné et parfois attaqué dans ses fondements par des réductions de moyens, des fermetures de classes et un manque de considération à l’égard des enseignants trop mal rémunérés.

En 1905, la France « Fille aînée de l’Église » se sépare donc de la religion chrétienne. Ce lien définitivement rompu permet de rassembler l’ensemble des citoyens, qu’ils soient athées, catholiques, protestants, juifs, musulmans en une communauté de la République, offrant ainsi un cadre d’égalité, d’émancipation et d’apaisement.

La loi de 1905 a pour ambition que chaque être humain soit capable de discernement, d’analyse et de choix éclairé. Capable aussi de s’instruire, de s’informer, et d’exercer sa citoyenneté avec sa liberté de conscience, qu’il puisse se revendiquer athée mais puisse s’il le souhaite conserver sa liberté de croire (ou de ne pas croire). La loi de 1905, enfin, rappelle qu’aucune croyance ne saurait s’opposer à la recherche et la connaissance.

Aujourd’hui, plus que jamais, il nous faut rappeler ces principes essentiels. En effet, la religion a récemment été le prétexte d’attaques contre la liberté par des actes terroristes qui voulait mettre fin à ces principes de vivre-ensemble, ici-même, dans notre ville.

Ainsi, ce mois de janvier, nous avons commémoré la tuerie de Charlie Hebdo, survenue voici cinq ans. En mai 2018, notre arrondissement a été le théâtre d’un attentat terroriste qui a coûté la vie à un jeune homme Ronan Gosnet qui sortait de son travail à proximité d’ici. La laïcité elle-même est de plus en plus fréquemment l’objet d’attaques et de détournements de sens.

Elle a été le prétexte à des manifestations dans notre arrondissement de la part de groupes extrémistes qui cherchaient à la dévoyer à des fins d’exclusion. Elle a été l’occasion de stigmatiser une religion au nom d’un féminisme bien opportuniste : féminisme quand il s’agit de vilipender le voile, machisme quand il s’agit de d’humilier des femmes en raison de leur voile, et de les exclure de l’espace public, qu’elles accompagnent une sortie scolaire ou visitent un exécutif territorial.

Le citoyen lorsqu’il agit dans sa vie quotidienne est libre. Car si la République n’organise et ne reconnaît aucun culte, elle protège la liberté de croyance, de pratiquer ses rites religieux de se rendre à l’église, la synagogue, la mosquée, le temple ou au Ashram.

Il convient donc de le redire : être laïque ce n’est pas être contre les religions. C’est être neutre par rapport à elles. La puissance publique laïque dans son organisation administrative se garde en conséquence de toute forme de prosélytisme religieux. Que ce soit par le discours ou l’attitude, ses représentants doivent s’abstenir de tout port d’insigne ou de signe vestimentaire distinctif. Par extension, et depuis la loi de 2010, cette restriction s’étend aux élèves des écoles.

Mais pas aux parents d’élèves, ni aux entreprises privées au sein desquelles le port du voile, par exemple, ne peut pas être interdit.

La laïcité est donc un acte de fraternité, de sororité, d’apaisement, de respect. Elle rassemble les citoyens dans toute leur diversité. Citoyens auxquels elle offre un cadre émancipateur où chacun est libre de ses opinions, de ses options philosophiques et religieuses.

Il n’y a donc pas de laïcité « ouverte » ou « plurielle » ou encore « positive » comme on l’entend parfois. Cela sous-entendrait que la laïcité serait inachevée ou serait un principe fermé, voire sectaire. Or, il n’y a qu’une laïcité et elle est synonyme de tolérance et est indissociable du respect des différences de chacune et chacun.

Nous ne laisserons pas affaiblir ce terme magnifique qui nous garantit notre liberté de conscience par les tenants de l’individualisme ou du communautarisme qui, au fond, veulent remettre en cause les principes fondamentaux de notre société plurielle, diverse, ouverte et libre.

Cet arbre est un symbole. Un signe de longévité et de force. La longévité de la laïcité dans notre République émancipatrice et fraternelle.

Je forme le vœu que tous les 9 décembre, date de l’adoption de la loi de 1905, une cérémonie en présence des élèves des écoles soit organisée ici même, auprès de cet olivier.

Je vous remercie.

Dernière mise à jour le mardi 14 janvier 2020

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