17 mai : Journée mondiale de lutte contre la LGBTphobie

Mesdames et messieurs les élu.e.s,

Messieurs et mesdames responsables associatifs,

Cette 19e journée mondiale de lutte contre la LGBTphobie prend une résonance particulière. Voici 30 ans que l’Organisation Mondiale de la Santé a cessé de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale. Pourtant, les raisons de lutter contre les violences LGBTphobes sont encore nombreuses.

Certes, ces progrès ont été enregistrés cette année. L’Irlande du Nord reconnaît désormais le mariage entre personnes du même sexe. Mais en un an, la moitié des pays d’Europe n’ont apporté aucun changement positif. Certains d’entre eux enregistrent des régressions importantes, parmi lesquels la Hongrie, qui entame des procédures transphobes pour faire figurer le sexe de naissance sur les documents officiels.

Quant à la France, elle régresse dans le classement initié par l’association ILGA-Europe, de la 9e à la 13e place. Le plan d’action LGBTI initié par François Hollande en 2016 n’a pas été repris par Emmanuel Macron. Les actes de LGBTphobies sont en hausse. Le législateur n’a pas souhaité intégrer dans le projet de révision de la loi bioéthique l’interdiction des mutilations génitales pour les personnes intersexes, ni l’accès à la PMA pour les personnes transgenres. Quant au second parent en cas de PMA ou de GPA, la reconnaissance de son enfant est encore un chemin de croix.

Le COVID-19 et les situations de confinement ont agi comme un miroir grossissant des violences subies par les personnes LGBT+. En France, elles sont plus vulnérables aux abus policiers, aux arrestations et aux détentions arbitraires. Jeunes ou âgées, les personnes LGBT+ ont été contraintes à un confinement en famille et subi parfois des sévices de la part de leur proche : violences physiques et psychologiques, insultes, privations de nourriture ou d’eau chaude...

La réaffectation des ressources de santé pendant la pandémie a rendu l’accès aux rétroviraux plus difficile pour les personnes atteintes du VIH. Les démarches de transition pour les personnes trans, les thérapies hormonales et les soins d’affirmation de genre plus inaccessibles ont été considérablement complexifiées. Un coup d’arrêt a été porté aux projets de PMA de femmes lesbiennes et célibataires.

Le Covid-19 a aussi été l’occasion d’une persécution institutionnalisée de certains États, sous couvert de santé publique, visant à priver les personnes transgenres et non-binaires de reconnaissance juridique, tandis que les discours de haine LHBTQIphobe, y compris émanant dirigeant.e.s politiques et religieux de premier plan se sont multipliés.

Heureusement les associations se sont mobilisées : lancement de l’application Flag! par l’association de policiers et gendarmes LGBT. Le lancement d’une application pour signaler les actes de violence LGBTQIphobes et la création d’un fonds d’aide sociale pour les personnes trans, sont des avancées qu’ils convient de saluer.

Mais le travail des associations ne saurait suffire. Les institutions doivent agir plus et mieux, notamment en formant des magistrat-es au recueil de plaintes et les enseignant-es à repérer les risques de harcèlement LGBTphobes.

L’opinion publique doit faire preuve d’une plus grande bienveillance à l’égard de personnes LGBTQI+ et d’indifférence à l’égard de leur orientation sexuelle.

Si le travail initié par le gouvernement pour protéger les personnes LGBT face au confinement, en proposant des nuitées dans des chambres d’hôtel et en soutenant financièrement l’application Flag!, est aussi à saluer, nous avons besoin d’une politique plus volontariste de lutte contre les violences LGBTQIphobes.

Tout-es les policiers doivent être formé-es au dépôt de plainte et sévèrement sanctionné-es pour tout acte LGBTphobe. Il faut un réexamen du projet de loi sur la bioéthique intervienne dans les meilleurs délais, pour ne pas laisser au milieu du gué les femmes lesbiennes et célibataires projetant une PMA, qui patientent depuis des années et ne peuvent plus, faute d’ouverture des frontières, se rendre à l’étranger.

"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Ces mots de Simone de Beauvoir pourraient s’adresser aux personnes LGBTQI. Plus que jamais nous devons rester vigilant.e.s.

Jacques Boutault, Maire du 2e arrondissement


Dernière mise à jour le dimanche 17 mai 2020

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